Assise
au bord de la piscine, Esther n’en mène pas large.
Pourtant, fan du
commandant Cousteau et du “Grand Bleu”, elle est
fascinée par le monde
des océans, merveilleux et… angoissant.
C’est sans doute cette
ambivalence qui l’a motivée à tenter la
plongée sous-marine, la vraie,
avec bouteilles et tuyau pour respirer.
Concentrée, elle écoute les
explications du moniteur sur le
matériel. Il parle de bloc, de stab’, de
détendeur… et de palmes – ah,
enfin un mot qu’elle connaît ! – puis
enchaîne sur le langage des
signes à utiliser pour communiquer : « Poing
fermé, pouce en haut, ça
signifie que l’on remonte. OK ? Pour la respiration, pas de
problème :
concentrez-vous comme vous le feriez sur terre, je
m’occuperai du
reste. » Facile à dire : et si l’air
n’arrive pas ? s’inquiète Esther.
Palmes aux pieds, bouteille de 15 kilos sur le dos et gilet genre
«
guerre du Golfe », gonflé
à bloc pour
ne pas couler à pic, elle se
jette à l’eau. C’est drôle,
son barda si lourd sur terre est aussi
léger qu’une bulle d’air dans
l’eau.
Première sensation : un barouf d’enfer
dans les oreilles, provoqué
par sa respiration dans le détendeur. C’est
ça, le « monde du silence »
? Appliquée, elle dégonfle tranquillement son
gilet pour descendre
retrouver trois mètres plus bas d’autres hommes et
femmes poissons.
Agenouillés en cercle, chacun essaie de maîtriser
au mieux les
exercices : vidage de masque en cas de fuite, simulation de panne
d’air, perte du détendeur, contrôle du
niveau d’air, etc. Pas question
de remonter comme un bouchon au moindre problème, surtout
à vingt
mètres de fond : une pression trop forte et trop rapide sur
les poumons
pourrait les faire exploser ! Une demi-heure plus tard, Esther remonte
à la surface, sourire aux lèvres,
séduite et prête pour sa deuxième
leçon.
Un sport de
femme
Elles sont de plus en plus
nombreuses à pratiquer la plongée
sous-marine, longtemps chasse gardée des militaires. En
France, un
plongeur sur quatre est une femme (près de 50 % aux
Etats-Unis). Mais
d’ici peu – les clubs sont formels – nous
allons rattraper les
Américains. Pourquoi un tel engouement ? D’abord,
parce que les femmes
sont plus aptes que les hommes : elles ont davantage de sang-froid, et
paniquent donc moins en cas de problèmes ; elles sont aussi
plus «
aquatiques », car plus souples dans leurs mouvements.
Ensuite, ce sport
ne requiert pas de conditions physiques exceptionnelles. Enfin
– et
c’est essentiel – l’esprit de
compétition n’existe pas : on est là
avant tout pour se faire plaisir.
La
plongée rend zen
Le
stress, on le sait, génère des tensions
psychiques et physiques qui
entraînent des émotions difficiles à
gérer. Contenir ces émotions
fatigue et frustre, d’où cette impression
d’être toujours sur les
rotules. Inès, courtière de 28 ans, le confirme :
« La plongée rend
zen. D’abord, tu apprends à respirer
profondément et lentement… sinon
tu vides ta bouteille en dix minutes ! Tes mouvements deviennent
souples et amples, et tu prends enfin le temps d’observer les
poissons,
les grottes, les requins (sic), la flore. Quand tu remontes sur le
bateau, tu ressens une impression de bien-être, qui vaut
n’importe
quelle séance de relaxation ! »
« Quand ils sont au fond, tous parlent de
sensation d’apesanteur,
d’oubli de leur corps, souligne Marylène
Thomère, psychologue (1).
Certains parlent même de jouissance ! » La
plongée, une évasion pour
vivre l’existence dans une plus grande plénitude ?
« Elle ouvre sur un
“autre monde”, où
l’imprévisible l’emporte sur le
probable, où la
victoire est à gagner sur soi », poursuit la
psychologue. Pourtant,
rien n’est évident. Même dans une eau
à 28 °C, on se refroidit
vingt-cinq fois plus vite que sur la terre à la
même température (d’où
le port de la combinaison). Au début, tout semble
compliqué. Mais après
quelques plongées, tout devient naturel ou presque. Certains
oublient
même qu’ils sont dans l’eau pour entrer
dans un monde imaginaire
accueillant, un peu comme le fœtus dans le ventre de sa
mère.
1- Auteur
des “Liaisons dangereuses avec la mer(e)”
(Hommes et Perspective, 1995).
Vaincre sa
peur
L’histoire
d’Hélène a fait le tour des spots de
plongée. Cette mère au foyer de 45
ans n’aimait ni se baigner ni mettre la tête sous
l’eau. Jusqu’au jour
où son mari lui a dit : « Plonger, c’est
comme voler ; tu ne risques
pas de te faire mal. » Ce fut le déclic.
Armée d’une bonne dose de
courage et escortée d’un moniteur aux petits
soins, elle est «
descendue ». « Le plus important, c’est
de plonger avec quelqu’un en
qui tu as confiance. Avec lui, je savais que rien ne pourrait
m’arriver. » Parce que la mer oblige à
dompter ses peurs et accepter de
perdre ses repères – le haut, le bas, les
couleurs, la lumière, les
bruits, la parole – on est fier d’avoir accompli
une expérience qui
sort des sentiers battus.
Dix-huit mois plus tard, Hélène
décrochait son diplôme de
monitrice. Une belle revanche, qui laisse Nina rêveuse.
Malgré
plusieurs tentatives, cette trentenaire n’a toujours pas
surmonté sa
peur. « Tout me panique : ne plus respirer par le nez,
descendre dans
l’inconnu, imaginer qu’un barracuda
surgisse… La seule chose qui me
calme, c’est de voir quelqu’un qui angoisse plus
que moi ! » Pourquoi
récidiver ? « J’espère
partager un jour ce plaisir avec mes enfants qui
adorent la plongée. Surtout, je veux me prouver que je peux
y arriver.
Pas de
rapport de force
La plongée est
l’un des rares sports où esprit de
compétition et dopage
sont absents. Néanmoins, on développe un sens
accru des responsabilités
: en cas de panique, on doit toujours être capable
d’aider son
compagnon de plongée, ou « buddy ».
Jusqu’à l’an dernier, Martine, 45
ans, plongeait en dilettante, pendant les vacances, avec son mari,
protecteur et un peu « étouffant ».
« J’ai commencé la plongée
pour lui
faire plaisir. Aujourd’hui, je me perfectionne parce que
j’adore l’eau.
Je m’y sens aussi à l’aise que sur
terre. » Martine finit par avouer
que ce sport lui permet aussi de s’affirmer auprès
de son mari. «
Lorsque nous plongeons, c’est à mon tour de lui
donner des conseils –
même s’il répond qu’il sait
déjà ! En cas de problèmes, je sais
que
c’est moi qui saurais gérer la situation, et
j’avoue en ressentir une
certaine satisfaction. Je suis meilleure que lui, mais il ne
s’en
aperçoit pas : sous l’eau, les rapports de force
n’existent pas. »
Phobies :
peur de mettre la tête sous l’eau ?
« Tout se passe
comme si plus rien de rassurant n’existait. Mon corps
se raidit, j’ai peur
d’étouffer… » Selon la
psychanalyste suisse
Danielle Quinodoz, l’angoisse de mettre la tête
sous l’eau renvoie à la
combinaison de deux phobies habituellement
séparées : l’agoraphobie et
la claustrophobie. Premier mouvement : on se sent perdu dans le vide
aquatique, brutalement privé de tout repère pour
se situer. Dans un
second temps survient une réaction claustrophobe : on se
sent happé,
prisonnier. Dans l’inconscient, l’eau symbolise une
figure maternelle
énigmatique et inquiétante. Aussi, pour Danielle
Quinodoz, ce type de
peur signale le plus souvent qu’une personne a souffert
d’une relation
déstabilisante avec sa mère, car alternativement
trop fusionnelle et
trop distante.
( I.T.)
Check-up :
obligatoire
Si elle ne requiert pas de conditions physiques
particulières, la plongée nécessite un
petit check-up et de la vigilance.
• Passez une visite médicale
auprès d’un médecin
agréé par la
Fédération française des
études et sports sous-marins (1) ou titulaire
de la spécialité médecine du sport,
qui saura déceler d’éventuelles
contre-indications. Sont rédhibitoires : la grossesse,
l’asthme, les
maladies cardiaques et respiratoires chroniques. Attention
également
aux rhumes et sinusites : les infections ORL engendrent une tension au
niveau des tympans, qui peut aller jusqu’au
déchirement.
• Vérifiez l’état
de vos dents : la pression de l’eau sur une carie provoque
des douleurs aiguës.
• Ne prenez pas l’avion dans les douze
heures qui suivent votre
dernière plongée. L’altitude favorise
les accidents de décompression.
Si une bulle d’azote contenue dans la bouteille n’a
pu être éliminée
naturellement, elle se coince et crée un obstacle lors du
passage du
sang dans les vaisseaux. Ce qui peut engendrer une surdité,
voire une
paralysie à la suite d’un accident vasculaire
cérébral.
1- T. : 04.91.33.99.31.
Destination :
grand bleu
•
La plus urbaine : le Point Formation, école de
plongée, dont les
bassins sont situés à Boulogne-Billancourt (92)
et dans le 6e
arrondissement de Paris, dispense une préparation au niveau
1 sur un
week-end (258 €), qui permet ensuite de plonger en groupe avec
un
moniteur. T. : 01.43.20.09.02.
• La plus sauvage : aux îles Hanish, au
Yémen, en mer Rouge.
Un
lieu paradisiaque avec une faune et une flore intactes, pour plongeurs
confirmés (dix personnes au maximum autorisées
sur l’île). A partir de
1550 € les onze jours (vol, pension complète et
plongées incluses).
Nouvelles Frontières. T. : 01.45.68.75.75.
• La moins chère : à
Cadaquès, en Espagne, avec le Club Med. A
partir de 2 72 € la semaine en pension complète
avec stage de plongée.
T. : 0.810.810.810.
Calories :
1000 par heure !
Sous
l’eau, pour compenser la déperdition de chaleur,
le corps brûle jusqu’à
1 000 calories par heure (500 pour un jogging). Pas question
de partir
le ventre vide ! Brigitte Barrois, médecin
spécialiste en médecine
physique et réadaptation, conseille de manger trois heures
avant, des
glucides lents (pour durer) et rapides (pour être en forme
tout de
suite). Prendre un petit déjeuner copieux composé
de céréales, laitages
et fruits secs. Boire un grand verre d’eau juste avant, car
on se
déshydrate énormément et
l’air comprimé des bouteilles assèche
la gorge
; et juste après, pour compenser la
déshydratation. Le repas qui suit
doit permettre de récupérer : glucides complexes
(pâtes) et protéines
(œufs, viande, poisson). Ne pas consommer d’alcool
tout de suite avant
ou après une plongée, et ne pas
dépasser deux verres par jour : avec la
pression, on ne maîtrise plus ses réflexes, et on
peut être victime
d’ivresse des profondeurs à seulement cinq
mètres de fond !
source :
tiré d'un article qu'on m'a fait parvenir, je me suis permis
de reprendre le texte intégralement.